Numérotation des factures : sans trou et chronologique

Le problème en un exemple

Prenons trois factures validées dans Dolibarr :

Numéro Date de la facture
FA2601-0901 8 janvier 2026
FA2601-0902 14 janvier 2026
FA2601-0903 12 janvier 2026

Aucun numéro ne manque, et pourtant cette série n'est pas conforme. La facture FA2601-0903 porte un numéro plus grand que FA2601-0902, mais une date plus ancienne. Pour quelqu'un qui lit ces factures (votre expert-comptable, un contrôleur des impôts, votre client), il n'y a que deux explications possibles :

  • soit la facture FA2601-0903 a été antidatée : émise après le 14 janvier, elle affiche le 12 ;
  • soit la facture FA2601-0902 a été postdatée : émise avant le 12 janvier, elle affiche le 14.

Dans les deux cas, la date imprimée sur au moins une facture ne correspond pas au moment où elle a réellement été émise. Or la date de facture n'est pas un détail : elle détermine notamment la période de déclaration de la TVA, le point de départ du délai de paiement et le calcul des pénalités de retard.

La règle est donc double :

  1. Sans trou : chaque numéro de la série existe, il n'en manque aucun ;
  2. Chronologique : plus le numéro est grand, plus la date est récente (ou égale). Les numéros et les dates avancent ensemble.

Une série correcte pour l'exemple ci-dessus serait :

Numéro Date de la facture
FA2601-0901 8 janvier 2026
FA2601-0902 12 janvier 2026
FA2601-0903 14 janvier 2026

Ce que disent les textes officiels

La loi : article 242 nonies A de l'annexe II au Code général des impôts

C'est le texte qui fixe la liste des mentions obligatoires d'une facture. Son 7° impose :

"Un numéro unique basé sur une séquence chronologique et continue ; la numérotation peut être établie dans ces conditions par séries distinctes lorsque les conditions d'exercice de l'activité de l'assujetti le justifient"

Les deux mots importants sont dans le texte même de la loi :

  • continue : pas de trou dans la séquence ;
  • chronologique : la séquence suit l'ordre du temps.

Source : Légifrance, article 242 nonies A de l'annexe II au CGI

La doctrine fiscale : BOFiP BOI-TVA-DECLA-30-20-20-10

Le Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) est le texte dans lequel l'administration fiscale explique comment elle applique la loi. C'est la référence utilisée par les contrôleurs. Il reprend la règle au paragraphe 70, puis précise au paragraphe 90 que chaque série de numérotation doit être :

  • "effectuée chronologiquement au fur et à mesure de l'émission des factures" ;
  • "continue" ;
  • organisée de sorte que "deux factures émises la même année ne puissent pas porter le même numéro".

L'expression "au fur et à mesure de l'émission des factures" répond directement à l'exemple ci-dessus : le numéro est attribué dans l'ordre où les factures sont émises, et la date portée sur la facture doit être cohérente avec cet ordre.

Le même document rappelle que cette obligation s'applique aussi aux factures d'acompte, et que l'utilisation de séries distinctes (par exemple une série pour les factures et une autre pour les avoirs) n'est admise que si chaque série respecte elle-même ces conditions.

Source : BOFiP, BOI-TVA-DECLA-30-20-20-10, mentions obligatoires générales des factures

Le site officiel de l'administration : entreprendre.service-public.gouv.fr

La fiche "Mentions obligatoires sur une facture" résume la règle pour les entreprises : chaque facture porte un "numéro unique à chaque facture, basé sur une séquence chronologique et continue".

Source : Entreprendre.Service-Public.gouv.fr, mentions obligatoires sur une facture

Le droit européen : directive TVA 2006/112/CE

La règle française découle de l'article 226 de la directive européenne sur la TVA, qui exige sur chaque facture "un numéro séquentiel, basé sur une ou plusieurs séries, qui identifie la facture de façon unique". Le BOFiP précise que cette exigence sert notamment aux échanges d'informations entre administrations fiscales des États membres, qui identifient une facture par son numéro et sa date.

Source : EUR-Lex, directive 2006/112/CE du Conseil relative au système commun de TVA

Les sanctions

Le numéro et la date font partie des mentions obligatoires de la facture. Une omission ou une inexactitude sur l'une de ces mentions est sanctionnée par l'article 1737 du CGI :

"Toute omission ou inexactitude constatée dans les factures ou documents en tenant lieu mentionnés aux articles 289 et 290 quinquies donne lieu à l'application d'une amende de 15 €."

Le total des amendes est plafonné, pour chaque facture, au quart du montant de la facture. Mais l'amende s'applique facture par facture : un défaut répété sur des centaines de factures produit autant d'amendes. Le BOFiP vise explicitement les omissions ou inexactitudes relatives "à la date de la facture ou à son numéro".

Au-delà de l'amende, une numérotation incohérente fragilise toute votre comptabilité lors d'un contrôle : elle donne l'impression que des factures ont pu être insérées, supprimées ou redatées après coup, ce qui peut conduire le contrôleur à remettre en cause la fiabilité de l'ensemble de vos pièces.

Sources :

Pourquoi c'est encore plus visible avec la facturation électronique

Jusqu'ici, une facture datée du 12 janvier mais réellement émise le 15 ne laissait aucune trace de ce décalage : seul un contrôle fiscal, souvent des années plus tard, pouvait le faire apparaître. La facturation électronique change cela.

Calendrier : depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques et les grandes entreprises et ETI doivent les émettre ; les PME et micro-entreprises devront les émettre au plus tard le 1er septembre 2027.

Source : impots.gouv.fr, facturation électronique et plateformes agréées

Factures entre entreprises : chaque facture est horodatée à son dépôt

Une facture adressée à une entreprise (B2B) est déposée sur votre plateforme agréée au moment où elle est émise. La plateforme la transmet au client et envoie ses données obligatoires (dont le numéro et la date) à l'administration. Elle suit aussi le cycle de vie de la facture par des statuts, dont quatre sont obligatoires et transmis à l'administration. Le premier est le statut "Dépôt", qui correspond à l'acceptation de la facture par la plateforme de l'émetteur, et pour lequel la fiche de la DGFiP précise : "la date de dépôt de la facture sera horodatée".

L'administration dispose donc, pour chaque facture, de deux informations qu'elle n'avait pas jusqu'ici en temps réel : la date portée sur la facture et la date à laquelle elle a été réellement émise. Avec l'exemple du début de cette page, elle verrait :

Numéro Date de la facture Date de dépôt sur la plateforme
FA2601-0901 8 janvier 2026 8 janvier 2026
FA2601-0902 14 janvier 2026 14 janvier 2026
FA2601-0903 12 janvier 2026 15 janvier 2026 (ou plus tard)

La facture FA2601-0903 apparaît comme antidatée directement dans les données reçues par l'administration, sans qu'un contrôleur ait besoin de se déplacer, et sur la totalité de vos factures, pas sur un échantillon.

Source : impots.gouv.fr, fiche "L'émission de factures électroniques"

Les trous deviennent visibles eux aussi

L'administration reçoit vos numéros de factures au fil de l'eau. Un numéro qui ne lui parvient jamais forme un trou dans ses propres données, même si vos PDF n'en montrent aucun.

Et une facture déjà déposée sur la plateforme ne peut plus disparaître : la supprimer dans Dolibarr ne la supprime pas chez l'administration, cela crée seulement un écart entre votre comptabilité et ce qu'elle a reçu. La seule correction possible est un avoir, qui est lui-même une facture numérotée et transmise.

Ventes aux particuliers : l'e-reporting

Pour les ventes aux particuliers (B2C) et certaines opérations internationales, les factures ne passent pas une par une par la plateforme : leurs données sont transmises de façon groupée (e-reporting), selon votre régime de TVA :

Régime de TVA Fréquence de transmission des données de transaction
Réel normal mensuel Par décade (trois fois par mois)
Réel normal trimestriel Une fois par mois
Franchise en base Tous les deux mois

Le régime simplifié d'imposition à la TVA est supprimé au 1er janvier 2027 : les entreprises qui en relèvent aujourd'hui basculeront sur l'un des régimes réels ci-dessus.

L'écart entre la date de la facture et son émission réelle y est moins visible qu'en B2B, puisqu'il n'y a pas d'horodatage facture par facture. Mais la série complète des numéros et des dates parvient tout de même à l'administration, trois fois par mois pour les entreprises au réel normal mensuel : les trous et les dates qui ne suivent pas l'ordre des numéros y restent lisibles.

Sources :

Ce qui change pour vous : plus de temps pour corriger

À notre connaissance, les plateformes agréées ne rejettent pas une facture parce que sa date ne suit pas l'ordre des numéros : leurs contrôles portent sur le format et sur les mentions obligatoires. La facture sera donc acceptée, mais l'incohérence sera enregistrée chez l'administration.

Aujourd'hui, un brouillon validé en retard reste une erreur interne, que vous pouvez régulariser avec votre expert-comptable avant tout contrôle. Avec la facturation électronique, l'erreur part chez l'administration dès la validation de la facture. Les deux options Dolibarr présentées plus bas deviennent donc indispensables avant de connecter Dolibarr à une plateforme agréée.

Comment cela arrive dans Dolibarr

Dolibarr n'attribue le numéro définitif (FA2601-0903) qu'au moment de la validation de la facture. Tant qu'elle est en brouillon, elle porte une référence provisoire (PROV...). En revanche, la date de facture est celle saisie à la création du brouillon.

Le scénario typique de l'exemple :

  1. Le 8 janvier, la facture du client A est créée et validée : elle reçoit FA2601-0901, datée du 8 janvier.
  2. Le 12 janvier, la facture du client B est créée en brouillon, datée du 12 janvier, mais pas validée tout de suite.
  3. Le 14 janvier, la facture du client C est créée et validée : elle reçoit FA2601-0902, datée du 14 janvier.
  4. Plus tard, quelqu'un valide enfin le brouillon du client B : il reçoit FA2601-0903, mais garde sa date du 12 janvier.

Personne n'a voulu tricher, mais le résultat imprimé sur les factures est exactement celui d'une facture antidatée.

Comment l'éviter dans Dolibarr

Deux options de Dolibarr, dans Accueil > Configuration > Modules > Factures, empêchent ce cas de se produire :

  • Forcer la date de facturation à la date de validation (constante FAC_FORCE_DATE_VALIDATION) : au moment de la validation, la date de la facture est remplacée par la date du jour. Le brouillon du client B de l'exemple aurait été daté du jour de sa validation, donc après le 14 janvier.
  • Vérifier la facture avant validation (constante INVOICE_CHECK_POSTERIOR_DATE) : Dolibarr refuse de valider une facture dont la date est antérieure à celle de la dernière facture du même type. L'utilisateur doit corriger la date avant de pouvoir valider.

Activer au moins l'une de ces deux options est fortement recommandé, et indispensable avant de connecter Dolibarr à une plateforme agréée de facturation électronique. Voir aussi la page Configuration.

Bonnes pratiques complémentaires :

  • ne laissez pas traîner des factures en brouillon : validez-les le jour où elles sont émises ;
  • ne supprimez jamais une facture validée pour "libérer" son numéro : une erreur se corrige par un avoir, qui porte son propre numéro ;
  • ne modifiez pas à la main la date d'une facture déjà validée.

Ce que FxPreFlight vérifie

La page Trous de numérotation du module analyse vos factures selon le masque de numérotation configuré dans Dolibarr et signale :

  • en rouge, les vrais trous : des numéros qui n'existent nulle part dans la base ;
  • en jaune, les factures dont les dates ne suivent pas l'ordre des numéros, comme FA2601-0903 dans l'exemple ;
  • en bleu (information), les numéros qui semblaient manquants mais qui existent avec une date hors de la période analysée.

Le détail de cette page est décrit dans Utilisation.

Si le module signale des anomalies sur des factures déjà émises, ne renumérotez pas et ne supprimez pas ces factures vous-même : cela aggraverait le problème. Faites le point avec votre expert-comptable pour décider de la régularisation adaptée, puis activez les options ci-dessus pour que la situation ne se reproduise pas.